Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Un rapport inquiétant de Santé publique France : Retour sur 20 ans de surveillance du mésothéliome

18 septembre 2019

- Un rapport inquiétant
- L’amiante à l’école : enfin des chiffres !
- du « PNSM » au « DNSM »
- « L’exposition à l’amiante est et restera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique »
- Les décideurs politiques doivent prendre la mesure de la situation


Un rapport inquiétant

Santé publique France vient de publier le bilan du programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM) de 1998 à 2017.

Ce cancer rare, spécifique de l’amiante reste une maladie de sombre pronostic malgré les promesses de l’immunothérapie.

Le nombre de cas augmente. Chez les femmes, il a presque doublé en 20 ans. La proportion de salariés du BTP grandit depuis 1998.

Un mésothéliome sur quatre n’est indemnisé ni par la Sécurité sociale ni par le Fiva.

Le mésothéliome pleural est un cancer de la plèvre, l’enveloppe du poumon. C’est une maladie spécifique de l’amiante. Son pronostic reste sombre, malgré les progrès de l’immunothérapie. Elle peut survenir 30, 40, voire 50 ans après l’exposition. Sa déclaration par les médecins à l’Agence régionale de Santé est obligatoire.

Un programme national de surveillance de cette maladie, le PNSM, a été mis en place en 1998, au lendemain de l’interdiction de l’amiante.

Le 27 juin dernier, Santé publique France a présenté un bilan inédit de 20 ans de surveillance.

Des mésothéliomes pleuraux toujours plus nombreux

Il y avait 800 nouveaux cas par an dans la période 1998-2002.

Il y en a eu 1100 dans la période 2013-2016 (800 cas masculins et 300 cas féminins).

Dans le même temps, le nombre de nouveaux cas masculins est passé de 625 à 798 (+22%), celui des nouveaux cas féminins a explosé, passant de 175 à 314 (+79% !)
L’âge moyen lors du diagnostic est passé pendant ce temps de 70 ans à 75,1 ans chez les hommes et de 70,5 ans à 75,6 ans chez les femmes.

Hommes et femmes : des expositions différenciées

- Une exposition professionnelle à l’amiante a été retrouvée dans 9 cas sur 10 chez les hommes et dans 4 cas sur 10 chez les femmes.

- une exposition extra-professionnelle (sans exposition professionnelle) a été retrouvée chez 3% des hommes et un tiers des femmes.

- Aucune source d’exposition n’a été retrouvée dans un cas sur quatre chez les femmes.

Un secteur professionnel très exposé : le BTP

« La proportion des personnes atteintes de mésothéliome pleural ayant exercé une activité dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998 pour atteindre 50 % en 2016. Une exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée de manière probable ou très probable pour 97% d’entre eux. L’exposition professionnelle à l’amiante est retrouvée pour 84% des cas ayant exercé un emploi dans le BTP après l’interdiction de l’amiante. »

Une évolution des métiers exposants

La part des métiers de transformation de l’amiante baisse. Celle des métiers d’intervention sur des matériaux contenant de l’amiante augmente.

Cela confirme l’importance d’une politique active de prévention du risque amiante.

Des demandes d’indemnisation en nombre insuffisant

En France toutes les victimes d’un mésothéliome ont le droit d’être indemnisées, que leur maladie soit d’origine professionnelle ou environnementale.

Pourtant, « entre 2005 et 2017, plus d’une personne sur quatre atteinte de mésothéliome et affiliée au régime général de Sécurité sociale n’avait entrepris aucune démarche de reconnaissance en maladie professionnelle, ni n’avait sollicité le Fiva. »

La sous-déclaration est un fléau.


L’amiante à l’école : enfin des chiffres !

Sur 2750 malades interrogés par le PNSM, 178 ont travaillé au moins une fois dans l’enseignement (enseignant, agent de service...) Par extrapolation, le rapport estime qu’il y a 20 nouveaux cas de mésothéliome par an chez des personnes ayant été exposées dans l’enseignement.


du « PNSM » au « DNSM »

En 2020 sera mise en place une nouvelle organisation du dispositif de surveillance des mésothéliomes (DNSM).

Elle prévoit :
- une coordination renforcée des dispositifs existants : déclaration obligatoire à l’ARS (DO), experts anatomopathologistes du groupe Mésopath...

- l’extension de la surveillance épidémiologique à tous les sites du mésothéliome : la plèvre, le péritoine, le péricarde et la vaginale testiculaire,

- l’étude des facteurs de risque environnementaux,

- l’utilisation des connaissances issues du DNSM pour améliorer la prévention du risque amiante en milieu professionnel et en population générale,

- le suivi de la reconnaissance médico-sociale de cette maladie, pour améliorer le dispositif et mieux informer les personnes concernées.

Le PNSM ne couvrait qu’une vingtaine de départements. A quand une extension à tout le territoire national ?


« L’exposition à l’amiante est et restera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique »

Ceux qui croyaient qu’une décrue générale des maladies liées à l’amiante était entamée depuis dix ans se sont trompés. Certes le nombre des plaques pleurales baisse, mais celui des cancers et particulièrement du mésothéliome augmente de façon inquiétante.

En 20 ans, le profil des patients et leurs circonstances d’exposition se sont modifiés. Tout se passe comme si l’on assistait aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle vague de cancers de la plèvre qui frappe plus tard une population plus âgée et plus féminine, avec davantage de cancers d’origine extra-professionnelle.

Ces données rejoignent les constats faits sur le terrain par les associations locales de l’Andeva. « Nous avons eu en juillet quatre nouveaux cas de mésothéliomes, explique Nassera, la secrétaire de l’Addeva 93. C’est la première fois depuis la création de notre association. »

Toutes les données du rapport de Santé publique France conduisent à la même conclusion : « L’exposition à l’amiante est et restera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique ».


Les décideurs politiques doivent
prendre la mesure de la situation

Il faut passer du constat à l’action.

Trois priorités se déduisent des données fournies par le rapport de Santé publique France :

- prioriser la recherche sur le mésothéliome,
- faire reculer la sous-déclaration de cette maladie
- faire de l’éradication totale de l’amiante en place un objectif essentiel de l’action gouvernementale.

1) Prioriser la recherche sur le mésothéliome

Le pronostic du mésothéliome reste sombre, malgré les résultats prometteurs de l’immunothérapie.

Il n’est pas acceptable de voir des chercheurs ou des cliniciens passer presque autant de temps à chercher des financements qu’à faire leur travail.

Le financement de la recherche sur le mésothéliome doit être une priorité budgétaire.

2) Aider les victimes à faire valoir leurs droits

Un patient sur quatre ayant un mésothéliome ne déclare sa maladie ni à la Sécurité sociale ni au Fiva. Des victimes et des familles connaissent des difficultés financières évitables qui s’ajoutent aux souffrances de la maladie et du deuil.

C’est d’autant plus inacceptable que le mésothéliome est une maladie spécifique de l’amiante dont le diagnostic vaut preuve d’exposition pour le Fiva. C’est aussi, comme la tuberculose, une maladie à « déclaration obligatoire » (DO) par les médecins aux autorités sanitaires.

Pour avancer, il faut améliorer l’information des victimes et des familles sur leurs droits et intégrer la connaissance des procédures d’indemnisation dans la formation des médecins.

3) Aller vers l’éradication totale de l’amiante

L’amiante est un matériau qui vieillit mal. Il y en a 20 millions de tonnes en France. Cela constitue un danger pour les ouvriers qui interviennent au contact de l’amiante en place (un mésothéliome sur deux touche une personne qui a travaillé dans le BTP). Mais aussi pour les personnes exposées à une contamination environnementale.

Il ne s’agit pas aujourd’hui « d’apprendre à vivre avec l’amiante », mais de se fixer pour but une éradication totale de l’amiante en place, en commençant par les bâtiments recevant du public et particulièrement les établissements scolaires.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva No 61 (septembre 2019)