Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

Vous êtes ici : Accueil » L’ANDEVA » Le Bulletin de l’Andeva » Numéro 60 (juin 2019)

Traités comme des esclaves, les sans papiers relèvent la tête

25 juin 2019

« Mise en danger d’autrui », « soumission de personnes vulnérables à des conditions de travail indignes », « traite d’êtres humains ». tels sont les mots de l’inspecteur du travail...

« Une lutte pour la dignité et pour la santé »

Recrutés par une agence d’intérim pour l’entreprise Pinault & Gapaix, quinze travailleurs sans papiers, venus du Mali et du Sénégal, avaient été exposés aux poussières d’amiante et au plomb, en travaillant sur des chantiers de démolition.

L’inspection du travail alertée

Congédiés par ce patron de choc qui a fait mine de découvrir qu’ils étaient en situation irrégulière. Ils n’ont pas voulu se laisser faire.

Ils ont alerté l’inspecteur du travail. Il a mené son enquête sur ces conditions de travail effrayantes et a saisi le procureur de la République pour « mise en danger de la vie d’autrui », « soumission de personnes vulnérables à des conditions de travail indignes » et « traite des êtres humains ».

Soutenus par la CGT ils ont occupé l’entreprise, en réclamant des cartes de séjour et un suivi médical.

Des menaces de mort hurlées au téléphone

« Espèce d’enculé. Je vais te défoncer ta gueule. Tu vas mourir. Espèce de pute de Noir. » Voilà comment le patron de Pinault et Gapaix s’adressait à eux, sans savoir que la conversation était enregistrée...

Envoyé aux médias, cet enregistrement a contribué à sensibiliser les journalistes.

Déterminés à aller jusqu’au bout

Ils n’acceptent plus d’être traités comme des esclaves et de voir leur santé mise en danger. Ils ont pris conscience. Rien ne sera plus comme avant.

Le 21 mars 2019, une manifestation a eu lieu à Bobigny, avec le soutien de la CGT, la CFDT et l’Addeva 93.

La mobilisation ne tarde pas à porter ses fruits. Alors qu’ils vivaient sous la menace d’une expulsion, la préfecture leur a délivré une carte de séjour temporaire, renouvelable au bout d’un an, pour permettre à l’enquête judiciaire d’être menée.

Fêter ensemble une première victoire

Le 17 avril une réunion conviviale a eu lieu à la Bourse du travail pour fêter l’événement. Jean-Albert Guidou, du syndicat CGT à Bobigny a tiré des leçons de ce combat exemplaire et tracé des perspectives.

Henri Boumandil a exprimé le soutien chaleureux de l’Addeva 93 à cette lutte pour la dignité et la santé. L’association s’est portée partie civile aux côtés de la CGT. Elle interviendra auprès de la caisse primaire pour aider les 15 de Bobigny à obtenir un suivi médical post-professionnel.


Article tiré du Bulletin de l’Andeva No 60 (juin 2019)