Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Suivi médical : où en est-on ?

25 juin 2019

- Un rapport de l’assurance-maladie : le nombre de cancers professionnels a triplé en 20 ans
- Suivi médical post-professionnel : la Fnath et l’Andeva alertent la Cnam et font des propositions
- Témoignage : "Le radiologue a voulu me faire payer l’examen. J’ai dit : Non !"
- Examens TDM de suivi : vers une remise à jour du protocole technique d’imagerie médicale
- Le suivi médical en Allemagne
- L’étude LUCSO-1 : le test d’un scanner par an pour des salariés fortement exposés à des cancérogènes
- Une étude de l’ANSES : silice cristalline = danger élevé
- Une révolution dans l’imagerie médicale ?
Un prototype de scanner couleur testé à Lyon


Un rapport de l’assurance-maladie :
le nombre de cancers professionnels a triplé en 20 ans

Mais la plupart des cancers dus au travail ne sont toujours pas déclarés et le suivi médical post-professionnel des retraités et des chômeurs, officiellement préconisé, est rarement réalisé.

Sur la période 2013-2017, 1840 cancers par an ont été reconnus.

80% sont liés à l’amiante (près de 1400). Viennent ensuite les cancers de la vessie, cancers du nez et des sinus et leucémies. La part des cancers « hors amiante » passe de 17% en 2013 à 23% en 2017.

L’âge moyen au diagnostic d’un cancer professionnel est de 68 ans. Il est de 73 ans pour un mésothéliome et de 56 ans pour une leucémie.

80% des victimes sont des ouvriers, 96% sont des hommes.

Le nombre de cancers professionnels reconnus a eté multiplié par 3,6 en 20 ans (540 cas en 1998, 1940 en 2017). Ces chiffres sont pourtant encore très inférieurs à la réalité à cause de la sous-déclaration.

En France près de deux millions de salariés ont été exposés à au moins un cancérogène de l’appareil respiratoire (enquête Sumer).


Suivi médical post-professionnel :
La Fnath et l’Andeva alertent la Cnam et font des propositions

L’Andeva et la Fnath ont été reçues par Marine Jeantet, responsable des risques professionnels de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).

Les deux associations l’ont alertée sur la faiblesse du nombre d’examens de suivi médical post-professionnels.

La situation est très préoccupante : malgré l’ancienneté du dispositif, beaucoup de salariés ignorent qu’ils ont droit à un suivi médical pris en charge par la branche AT-MP de la Sécurité sociale financée par les employeurs.

Des radiologues demandent la carte Vitale ce qui impute indûment le coût des examens à la branche maladie, financée par les cotisations des assurés.

Les personnes qui engagent ce suivi ne sont pas reconvoquées.

Le protocole actuel prévoit une périodicité trop espacée des examens TDM et des consultations. Des radiologues ne pratiquent pas la double lecture des images.

Il n’existe à ce jour aucun outil statistique permettant de connaître non seulement le nombre de demandes de suivi mais aussi le nombre d’examens effectivement réalisés, celui des maladies repérées, déclarées et reconnues.

L’Andeva et la Fnath ont fait des propositions concrètes pour sortir de cette situation :
- une campagne nationale d’information des néo-retraités,
- des actions-pilotes dans certaines branches (BTP) ou régions,
- une remise à jour du protocole,
- une organisation régionale du suivi autour des consultations de pathologies professionnelles et un travail en réseau avec les CPAM, les médecins, associations et syndicats.

Des réponses devraient être apportées par la CNAM à l’automne.


Témoignage :
"Le radiologue a voulu me faire payer l’examen.
J’ai dit : Non !"

Atteint d’une pathologie pleurale, Roland reçoit un document de la sous-direction des pensions de la Rochelle l’invitant à à passer un scanner de suivi médical post-professionnel.

La lettre précise la marche à suivre : « Je présente mon attestation de maladie aux professionnels de santé et non ma carte vitale. Je n’ai rien à payer, dans la limite de 100% du tarif de la Sécurité sociale. »

Roland va au Centre d’imagerie du Ruisseau à Paris. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Dans une lettre à la sous-direction des pensions à la Rochelle, il raconte :

« Après avoir passé mes examens, j’ai présenté le « carnet de suivi médical » accompagné du mode d’emploi.

Le personnel n’a pas daigné le consulter mais m’a demandé ma carte Vitale que j’ai présentée.

On m’a demandé 60 euros pour récupérer mes examens, ce que j’ai bien sûr refusé (...)

Je suis donc reparti sans mes résultats, en étant de plus très mal considéré par tout le personnel présent.

Je tenais à vous en informer... »


Examens TDM de suivi :
vers une remise à jour du protocole technique
d’imagerie médicale

La Haute autorité de santé (HAS) qui prépare une mise à jour du protocole d’imagerie médicale pour le suivi post-professionnel amiante a sollicité l’avis de l’Andeva.

Nous avons rappelé que les recommandations HAS de 2010 traitaient du suivi médical dans tous ses aspects : information, visite médicale de fin de carrière, questionnaire aux néo-retraités, évaluation des expositions, périodicité des examens, organisation régionale du suivi, aide aux victimes, rôle des associations...

Un bilan à 5 ans était prévu. 9 ans ont passé. Il n’a pas eu lieu.

Les scanners ne sont qu’un aspect du suivi. Cela dit, ils devraient être plus rapprochés (tous les 2 ou 3 ans pour les expositions fortes, tous les 5 ans pour les expositions intermédiaires). Une visite médicale devrait avoir lieu tous les deux ans, laissant au pneumologue le loisir de prescrire des examens dans le cadre de ce suivi.

Les porteurs de plaques pleurales devraient avoir un suivi particulier, pour tenir compte d’un sur-risque de cancer.

Selon l’arrêté du 22 septembre 2006, le niveau d’irradiation délivré devrait figurer sur tous les comptes-rendus d’examens, ce qui n’est pas toujours le cas.

La double lecture effective des images devrait être la règle.


Le suivi médical en Allemagne

Une étude Eurogip de décembre 2018 sur le repérage des cancers professionnels dans 9 pays d’Europe indique qu’en Allemagne 243 655 personnes ayant été exposées à l’amiante ont un suivi comportant un examen clinique, une spirométrie et un scanner à faible dose et haute résolution avec une fréquence de 1 à 3 ans.

En France, la Cnam annonce 1300 demandes de suivi post-professionnel dont un peu plus de la moitié pour l’amiante.


L’étude LUCSO-1 :
Le test d’un scanner par an pour des salariés fortement exposés à des cancérogènes

Suite aux recommandations parues en 2015 sur le suivi des salariés exposés à des cancérogènes pulmonaires, une étude-pilote (LUCSO-1) est prévue sur des sujets « à haut risque de cancer du poumon ».

Il s’agira d’actuels ou d’anciens fumeurs de plus de 30 ans qui ont cessé de fumer depuis moins de 15 ans avec une exposition à des cancérogènes pulmonaires du groupe 1 du Centre international sur le cancer (CIRC).

Cet essai se déroulera dans huit départements. Il sera organisé par six centres de référence spécialisés (SRC).

Voir la présentation (en anglais)
https://bmjopen.bmj.com/content/9/3/e025026


Une étude de l’ANSES :
Silice cristalline = danger élevé

Une expertise récente de l’Anses estime à près de 365 000 le nombre de salariés exposés à la silice cristalline, en particulier au quartz dans les mines, le BTP, les verreries, les fonderies, la chimie...

Entre 23 000 et 30 000 l’ont été à des niveaux supérieurs à la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) de 0,1 mg par m3 en vigueur, avec un risque sanitaire très élevé.

La silice cristalline peut être à l’origine d’une silicose, d’un cancer bronchopulmonaire, d’une maladie auto-immune ou d’une BPCO.

L’Agence recommande :

- de revoir la VLEP, qui est insuffisamment protectrice et de transcrire en droit français la directive européenne 2004/37/CE,

- de revoir le suivi médical des personnes exposées et le diagnostic de certaines maladies (silicose, tuberculose, pathologies rénales…),

- de revoir les tableaux de maladies professionnelles pour la silice cristalline.

https://www.anses.fr/fr/system/files/AIR2015SA0236Ra.pdf


Une révolution dans l’imagerie médicale ?
Un prototype de scanner couleur testé à Lyon

Le 28 avril, un scanner utilisant une nouvelle technologie a été mis en service au sein de la plateforme d’imagerie des Hospices civils de Lyon. Ce prototype sera expérimenté sur de gros animaux avant de l’être sur l’Homme. Ses images en couleurs devraient avoir une résolution cinq fois plus précise que celle des images en noir et blanc des scanners courants.

Les avantages de la nouvelle technologie

La technologie utilisée est l’imagerie spectrale à comptage photonique.

« L’avantage de cette technologie est de permettre de voir des détails beaucoup plus fins avec une résolution spatiale de 200 microns, explique le professeur Loïc Boussel, chef du service radiologie de l’hôpital Croix Rousse, interrogé par FR3.
Autre avantage de cette technique, la colorisation différenciée des tissus exposés aux rayons X.

Philippe Douek, professeur de radiologie de l’Université Claude-Bernard à Lyon évoque les perspectives ouvertes : « Grâce à l’imagerie spectrale, on va compter l’ensemble des rayons X et leur énergie. Cela va permettre de caractériser les anomalies de façon beaucoup plus fine. On pourra injecter des agents spécifiques des maladies, sans utiliser d’agent radioactif. »

Cette nouvelle technologie devrait permettre de mieux distinguer les tumeurs des tissus sains, avec - selon ses promoteurs - une exposition de 5 à 10 fois moindre aux rayons X.

La nouvelle technologie n’implique pas le remplacement du scanner par un nouveau modèle. Il suffira de remplacer le détecteur pour que l’appareil soit opérationnel.

Combien coûtera un scanner ?

Il faudra attendre encore cinq à six ans pour que ce nouveau scanner couleur soit commercialisé.

Un scanner classique coûte entre 0,5 et 1,2 million d’euros. Un appareil d’imagerie nucléaire de type Pet-scan environ 2,3 millions d’euros.

Le fabricant estime que le nouvel appareil pourrait valoir environ 1,4 million à sa mise sur le marché, avant de voir son prix baisser.

Il espère équiper des hôpitaux de taille plus modeste que ceux qui utilisent des Pet-scan.


Un soutien de l’Etat et de l’U.E.

Cet appareil est le résultat d’une coopération internationale.

Une subvention de l’Etat a permis la mise au point d’un premier prototype préclinique testé pendant trois ans sur de petits animaux (rats et lapins).

L’U.E. a apporté 6,4 millions d’euros pour passer à l’étape suivante.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva No 60>